lundi 17 mars 2014

Philippe Solal philosophie et phénomènes ovni

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par Philippe SOLAL, Agrégé de Philosophie

Extrait :Ce n’est pourtant pas sur la question (d’ordre épistémologique) de la valeur des témoignages que la philosophie pourrait, semble-t-il, investir avec le plus de fécondité des objets nouveaux d’investigation. Qu’on tourne le problème dans le sens que l’on voudra, la question qui est à l’horizon de toute la problématique OVNI est celle concernant la signification qu’il faut donner au mot « réalité ».

La démarche initiée par Jacques Vallée était en tous points philosophique, non pas seulement en raison du sens historique qu’il donnait à son approche mais parce que celle-ci tentait une interprétation globale du phénomène qui, au final, interrogeait la notion même de réalité. Le phénomène est-il d’essence physique ou psychique ? A-t-il une origine objective ou subjective ? La réponse de Vallée (souvent si mal comprise) a consisté à dépasser cette dichotomie. 

Le phénomène possède une dimension matérielle et objective mais il induit aussi des effets psychiques sur les témoins, effets qui ont souvent la structure hallucinatoire des rêves.

Par des effets de déplacement, de condensation et de métaphorisation, le contenu réel d’un rêve se trouve brouillé, et son absurdité est le signe même qu’il a été masqué. Tout se passe comme si le phénomène qui se cache derrière ces rencontres utilisait à son compte les mécanismes psychiques que notre cerveau produit de lui-même dans notre sommeil, lorsqu’il rêve.

Ce qui suit découle aussi directement du point précédent, et mérite une attention toute particulière : la réflexion sur la notion de manipulation que l’étude des OVNIS engage à mener. Que le phénomène possède un caractère « manipulatoire » est une proposition qui paraît difficilement contestable. Manipuler le témoin, c’est le tromper, l’abuser et ce mécanisme qui discrédite autant le témoin lui-même que ce qu’il décrit est d’une telle efficacité que l’intelligence qui est derrière sa mise en œuvre réussit le tour de force de multiplier à l’envi ses incursions dans nos champs de perception tout en faisant croire à la plus grande partie de l’humanité qu’il n’existe pas.  

Mais derrière cette extrême hétérogénéité, un fait, un seul, reste invariable, comme une exception à ce qui vient d’être posé : quelles que soient les époques et les lieux où des OVNIS sont rapportés, le phénomène se comporte d’une manière identique. Dans un même mouvement, il se montre et se dérobe. Ce « comportement » est contradictoire car il conjugue deux attitudes opposées : se montrer/se cacher. Pourquoi se montrer si c’est pour mieux disparaître ensuite ? Cette attitude évoque l’idée d’un jeu, comme l’a fait observer l’ufologue japonais Norio Hayakawa en déclarant que le phénomène OVNI pouvait-être considéré comme l’histoire de visiteurs « occupés à jouer sans fin au chat et à la souris avec nous ». Mais cette remarque n’enlève rien au mystère d’une telle attitude et à sa signification profonde.

le caractère pléthorique des « visites » (utilisons provisoirement ce terme) et leur attestation à toutes les époques de l’histoire humaine indiquent que nous avons affaire à autre chose, quelque chose de plus compliqué que le programme de quelque corps expéditionnaire venant « simplement » d’une autre planète que la nôtre, pour nous observer, et le cas échéant, prélever quelques plants de lavandes. Ce rejet irrite fortement certains chercheurs éminents comme Gildas Bourdais, par exemple, et plus généralement, on sait que l’invalidation de « l’hypothèse extra-terrestre » par Jacques Vallée (et ceux qui suivent sa « ligne » comme Jean Sider ou John Keel) lui a valu bien des détracteurs et des incompréhensions, tout comme son idée « d’un système de contrôle » souvent jugé obscur. 

La ligne théorique ouverte par Vallée ne se limite donc pas à « postuler » un univers dont l’architecture est différente de celle que nous avons modélisée, faite de dimensions emboitées, d’étages spatio-temporels qui échappent à nos perceptions. Elle conjecture que l’OVNI, appréhendé comme un vaisseau spatial, est un leurre qui joue avec notre perception et notre conscience, pour nous faire croire que nous sommes face à des êtres qui font déjà ce que nous voulons faire dans le futur, en visitant d’autres terres habitées. Le leurre est poussé si loin que les prétendus astronautes de ces « vaisseaux interplanétaires » mentent de manière éhontées aux témoins à qui ils affirment venir de Mars ou de Jupiter, ou de la face cachée de la lune. Cette ligne d’interprétation suppose donc que le phénomène OVNI instaure avec nous « un jeu de miroir » par rapport à nos propres aspirations et à notre propre histoire, qui sont mis en scène avec un sens aigu de la théâtralité.

C’est la manière dont nous concevons l’univers qui doit être profondément modifiée, et avec elle, notre définition de la réalité. La cosmologie est, dans ce contexte, aux premières loges, pourrait-on dire, puisqu’elle conjugue, dans ses efforts pour rendre compte de la structure de l’univers, les connaissances apportées par la physique des particules tout autant que celle issue de la théorie de la Relativité.

Les journalistes scientifiques Tobias Hurter et Max Rauner ont tenté dans un ouvrage récent, au titre évocateur, Les univers parallèles. Du géocentrisme au multivers, de classer les différents types d’univers parallèles qui avaient été imaginés par des physiciens de premier plan comme Andreï Linde, Brandon Carter, Stephen Hawking, Brian Greene et bien d’autres, au cours de ces dernières décennies. Cette classification distingue quatre grands types d’univers parallèles, ainsi définis :

a) Les univers parallèles de type I, conçus comme des « bulles d'univers », où nous aurions des myriades de doubles infiniment éloignés les uns des autres, qui tous feraient des choix différents.

b) Les univers parallèles de type II, qui seraient des « bulles d'univers » où la nature testerait toutes les formes d'existences possibles en faisant varier les constantes de la physique, lors de son paramétrage initial.

c) Les univers parallèles de type III, qui seraient des variantes superposées (au sens quantique du terme) de toutes les autres vies que nous pourrions avoir depuis notre naissance. Ces univers existeraient réellement au point que nous pourrions envisager des sauts quantiques de l'un à l'autre.

d) Les univers parallèles de type IV, conçus comme des variantes superposées (au sens quantique) de tout ce que la nature pourrait engendrer comme formes d'existences possibles, en faisant varier les constantes de la physique lors de son paramétrage initial.

La question se poserait alors de savoir où se trouvent ces univers par rapport à nous. S’ils sont superposés au nôtre, comme c'est le cas des particules en mécanique quantique, alors ils coexisteraient simultanément avec nous dans le même espace (type III et IV) ; dans les deux premiers cas, ils seraient déployés derrière les confins de notre univers, et constitueraient des « bulles d’univers » échappant à toute observation possible.

Ces quelques indications ne démontrent rien quant au phénomène OVNI, sinon, répétons-le, que de telles théories, qui frappent avec insistance dans le domaine de la cosmologie, laissent entrevoir des perspectives, des lueurs, totalement absentes du champ de la science il n’y a pas si longtemps encore, pour la résolution du mystère qu’il constitue, si par conjecture les OVNIS provenaient d’une origine si exotique pour nous. Alors, les manifestations que les témoins prétendent observer ne seraient pas des visites d’astronautes extra-terrestres mais des interactions entre différents plans de réalité dont il faudrait élucider le mode de connexion. Le sens profond de ces interactions ou de ces intrusions que nous subissons, à notre avis de manière continue, la raison pour laquelle celles-ci se présentent sous une forme si mystérieuse, furtive, fugace, polymorphe, parfois facétieuse, toujours manipulatrice, constituerait ensuite la prochaine étape à affronter, et il est probable que la réponse à cette question dépendra étroitement de l’origine exacte de l’intelligence qui se joue ainsi de nous et de notre crédulité.



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